Vivre son esprit… Apprendre à mieux écouter son corps
Rencontre Alain Giraud / Dr Patrick-andré Chéné (revue Santé Intégrative 2015)
La Sophrologie aide à dépasser les tensions, les angoisses et les blocages du quotidien pour accéder à un mieux-être global et à une meilleure capacité d’adaptation aux situations de la vie. Au cœur de cette méthode douce d’harmonisation du corps et de l’esprit, la « relaxation dynamique » s’appuie sur la respiration, la méditation et des postures simples pour apprendre à mieux écouter son corps.
Pour en savoir plus, nous avons rencontré le docteur Patrick-André Chéné, grand spécialiste français de la sophrologie. Il vient de publier aux « éditions Ellébore » 2 livres dvd sur la RD1 et la RD 2. Il propose des techniques efficaces pour apprendre à mieux gérer sa vie, gagner en confiance en soi, réduire son stress ou encore préparer des examens.
Alain Giraud : Peut-on dire que vous êtes à l'origine de la diffusion de la sophrologie ? N'avez-vous pas été, dès le début, un des adjoints principaux d'Alfonso Caycedo qui est le créateur de cette discipline? En fait quel a été votre parcours sophrologique?
Patrick-André Chéné : Si d’aucunes revendiquent une filiation héréditaire, je pense pour ma part pouvoir revendiquer une filiation spirituelle et me sentir en quelque sorte le « fils spirituel » de Caycedo, ce qui pour moi est un gage d’authenticité. Profondément marqué et touché par la rencontre de la sophrologie et de son fondateur le professeur Alfonso Caycedo, j’ai en effet toujours tourné mes efforts non seulement vers le fait de comprendre et faire connaître toutes ses découvertes et créations, mais encore vers celui de soutenir le développement de la sophrologie en France, tant par mes écrits que par mes activités de praticien et d’enseignant de la sophrologie.
Au fil des ans, j’ai explicité et dévoilé sa pensée au travers de mes livres, à tel point qu’il m’a lui-même demandé de préfacer mes ouvrages, dans lesquels il se reconnaissait. Nous avons ensuite pendant de nombreuses années, régulièrement échangé par téléphone sur les techniques et les concepts de la sophrologie dans un climat réciproque d’estime et de compréhension mutuelle.
Et je suis fier d’avoir pu réunir dans mon ouvrage « sophrologie, Fondements et Méthodologie », toute la substance sophrologique fondamentale que nous a livré Caycedo jusqu’à ce qu’il se retire, au travers de ses cinq éditions successives, fortement remaniées au fur et à mesure de ses découvertes.
AG : On a tendance à confondre relaxation et sophrologie. Est-ce en fait la même chose ?
PAC : C’est justement le titre d’un article que je viens de rédiger pour la revue « Sophrologie, pratiques et perspective ». Il s’agit d’une confusion fréquente et qui détourne la sophrologie de sa spécificité, de son rôle d’aide à la personne, de son véritable objet.
En sophrologie, le concept de relaxation est à préciser. Il n’a pas pour but de faire descendre le sophronisant au bord du sommeil, sauf techniques spéciales, mais simplement de le mettre dans une disposition favorable pour accueillir ce qui se vit en lui. L’idée préalable est donc davantage d’évacuer les tensions, les empêchements à la « vivance ».
La sophrologie n’est pas une technique de relaxation
Si la relaxation peut intervenir dans le processus d'entraînement sophrologique, elle ne représente qu'un support d'accès à la vivance.
La pratique sophrologique évite une relaxation trop profonde « au bord du sommeil », qui endort la conscience. Car le but de la sophrologie est de faire sortir la conscience munie de toutes ses capacités du bas niveau de vigilance propre à la relaxation, afin de pouvoir être utilisée au quotidien, dans l’action, justement quand c’est difficile et que toute notre vigilance doit être au rendez-vous.
Activer la conscience est donc le propos fondamental de la sophrologie, mais effectivement une conscience sans tension, et donc fluide et réceptive, dans l’harmonie globale du corps et de l’esprit, et non une conscience endormie.
AG : On parle de "relaxation dynamique" en sophrologie. Comment une relaxation peut-elle être dynamique? N'y a-t-il pas là un paradoxe?
PAC : Justement non. Le terme dynamique souligne bien l’activation du corps et de l’esprit propice à l’accueil des phénomènes qui se produisent en nous. Je crois qu’il faut surtout retenir l’aspect dynamique, le mot relaxation signifiant ici que tout se vit dans l’harmonie le calme la sérénité
AG : Le public a tendance à croire que la sophrologie se pratique uniquement assis ou allongé. Avec la relaxation dynamique, la personne est debout. Cette position s'inscrit elle dans une démarche précise ?
PAC : Rechercher les postures de quotidienneté. Servir au quotidien, dans la vie de tous les jours telle est la force de la sophrologie. Ces postures de vie sont donc particulièrement judicieuses, elles nous propulsent dans l’existence.
AG : La RD1 est une succession d'exercices bien précis. Pouvez-vous nous les décrire ?
PAC : Ce serait sans doute un peu long. Mais l’enchainement de ces exercices a pour but la découverte du corps qui vit. Un accueil, une écoute des messages du corps. Plusieurs exercices sont proposés pour les cinq grandes parties du corps que l’on vit en sophrologie successivement et que l’on appelle « systèmes », plus des exercices pour unifier le corps total.
AG : Peux-t-on parler d’une relaxation dynamique respiratoire?
PAC : Bien sûr, la respiration est indissociable de la RD. Elle en constitue l’un des outils de fond, chaque moment de la RD étant associé à un type particulier de respiration.
AG : On parle de "degré" en relaxation dynamique. Combien y en a-t-il et ont-ils tous le même objectif ?
PAC : Douze degrés. Un véritable parcours initiatique de la quête de soi-même, du monde et des autres.
La RD 1 la « vivance » du corps Les mouvements, postures, et, respirations dans la RD 1 sont destinés à vivre son corps.
En RD 2, l’entraînement du regard sur soi-même par sa propre contemplation, le centrage sur les des cinq sens, la captation des pensées permet la « vivance » des phénomènes de l’esprit.
La RD 3 nous invite à une rencontre celle de notre corps et de notre esprit vécus dans les degrés précédents ; plus qu’une rencontre, une unité dans la tridimensionnalité du passé présent et futur. La prise de sens de l’unité corps esprit, plus la présence de cette complémentarité indissociable. On peut dire que réunifier son être est l’une des meilleures thérapies, tant de souffrances viennent de cette dissociation corps esprit.
Dans la rencontre du corps et de l’esprit se vit intensément la présence et les sentiments vitaux de la RD 3 avec une première marche. Ainsi par la RD 3, posture et marche propulsent dans la dynamique de l’existentiel.
Munis de tous ces acquis la RD 4 propose d’exister, de rendre sa vie créative en étant à la fois à l’écoute de ses capacités, de ses propres valeurs, mais surtout à l’écoute de notre être de celui que nous sommes vraiment. C’est une véritable libération qui s’opère, celle d’être enfin soi-même, aussi bien dans ses choix existentiels, que dans son regard aux autres et la « vivance » de son quotidien.
AG : Les degrés 5 à 12, moins connus, apportent-ils réellement du nouveau ?
PAC : Les autres degrés, bien loin d’être mineurs, complètent cette démarche fondamentale des quatre premiers degrés.
Au travers des RD 5 & 6 il est procédé à un entraînement d’une part sur la « vivance » de deux grandes structures de notre être (conscience et spiritualité), d’autre part sur les sons, les vibrations et l’énergie.
Les RD 7 & 8 nous emmènent d’une part sur la « vivance » de deux autres grandes structures de notre être (la biologie et la psyché) par la plongée dans le monde de nos origines avec la phylogénèse et l’ontogénèse
La RD 9 ouvre son ennéagramme sur la liberté, non seulement celle des 9 muses, mais cette liberté intérieure et cette liberté d’être, bien au-delà des petites libertés recroquevillées du monde du paraître.
Les RD 10 & 11 développent notre capacité de vivre notre intuition du temps, au travers de la tridimensionnalité des objets et des êtres. C’est tout notre regard au monde qui est interpellé, tout ne se résume pas à l’instant présent, mais tout vient d’hier et va vers demain.
Saisir en permanence dans chaque chose et chaque être cet itinéraire qui nous accompagne donne sens et liens, paradoxe de la permanence dans l’impermanence.
Enfin la RD 12 cette marche de la nouvelle quotidienneté, nous accompagne chaque jour, dans la dignité renforcée de notre être.
Il s’agit maintenant d’assumer notre métamorphose et de sortir du cocon et de la gangue qui nous tenait à chaque instant de notre vie. La sophrologie est l’école du bonheur de vivre, ce bonheur ne dépend que de nous.
AG : Vous avez édité un premier livre accompagné d'un CD technique sur la RD1. Celui de la RD2 vient de paraître... Il parait même que 6 livres sont "à paraître"! Est-ce accessible à chacun d'entre nous ou bien sont-ils réservés à un public plus averti?
PAC : Avant tout, l’idée est de donner une vision exacte de la richesse de la RD, encore trop mal connue et souvent résumée à des exercices. Elle concerne donc, à la fois les curieux, mais bien sûr aussi et sans réserve, les sophrologues, qui y trouveront une mine de réflexions issues de mon travail, et, des nouvelles possibilités de développement qui leur est donnée par une bonne compréhension de cet outil central de la sophrologie qu’est la RD.
Au travers des douze degrés se déroule quasiment l’utilisation de l’ensemble des outils que l’homme possède pour travailler sur lui-même. C’est donc un chemin complet qui est proposé et doit être fourni pour montrer la richesse du métier de sophrologue. Mais bien sûr tout cela ne peut en aucun cas s’acquérir en des temps commerciaux trop brefs (6 mois) comme on peut le voir, et encore moins par correspondance ou e-learning car la « vivance » ne peut se transmettre que d’être à être.
Alain Giraud
www.sophrologie.pro
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